Skip to content

Critique | La guitare dans toutes ses couleurs

La guitare dans toutes ses couleurs
Marc-Etienne Leclerc, guitare
Album auto-produit, 2026

Avec La guitare dans toutes ses couleurs, Marc-Etienne Leclerc donne vie à un projet de redécouverte de son instrument par une multitude de répertoires. Bien que ses prestations soient filmées et accessibles gratuitement sur sa chaîne YouTube, on recommande l’écoute de l’album pour une meilleure immersion dans l’univers de l’artiste.

On aurait tort de s’en priver quand on constate l’excellente captation sonore réalisée par ses soins. Parmi les nombreux enregistrements auto-produits que l’on a eu l’occasion d’entendre, celui-ci est d’une qualité nettement supérieure à ce niveau.
Les pièces qui nous sont proposées parcourent différentes époques. Elles usent aussi d’une large palette de styles et de technicités. Marc-Etienne Leclerc offre d’abord une Fantaisie de Dowland,compositeur de la Renaissance. L’interprète prend soin de donner le plus d’amplitude possible aux sons de sa guitare. D’évidence, il s’est montré attentif à l’acoustique de la Paroisse Saint-Hugues, à Sarsfield (Ontario), son lieu d’enregistrement. Chaque ligne du contrepoint est bien en valeur pour que la musique respire. À noter aussi son talent pour les ornements méticuleusement brodées, que l’on peut admirer sur l’ensemble de l’album.

La deuxième pièce est un autre arrangement – en l’occurrence, de la Sonate K. 208 de Scarlatti. L’inflexion de la régularité du rythme, qu’on appelle le rubato, est réalisée avec grande intelligence, ce qui contribue certainement au charme de l’instant. Toutefois, on aurait espéré de plus forts contrastes entre les différentes sections de l’œuvre, surtout sur le plan dramatique.

La célèbre Chaconne, BWV 1004, de Bach est parfaitement rendue, malgré les limites propres à l’instrument. On apprécie particulièrement le travail d’orfèvre de Marc-Etienne Leclerc quant à l’articulation des motifs. Le musicien parvient à nous mener avec autant d’aisance à travers les moments dramatiques et les moments plus intimes.

Du côté des pièces composées spécialement pour la guitare, mentionnons Recuerdos de la Alhambra de Tárrega. Marc-Etienne Leclerc nous livre là une interprétation remarquable avec beaucoup de relief et de nuances, osant même quelques fioritures dans une partition déjà très fournie. Cela dit, c’est avec les Variations sur un thème de Sor, op. 15, de Miguel Llobet que l’instrumentiste virtuose impressionne en premier lieu. Il donne alors tout l’éventail de ses habiletés, jusqu’à produire des sonorités atypiques, naturellement plus fragiles, mais qu’il arrive pourtant à sculpter distinctement. On regretterait presque que toutes les pistes de l’album ne soient pas aussi aventureuses que celle-ci.

Enfin, l’artiste nous ouvre les portes de la musique contemporaine avec notamment l’unique œuvre du Québécois Denis Gougeon écrite pour la guitare. Lamento-Scherzo contient une abondance de secondes mineures, aux effets très percutants, de gammes arabisantes et d’harmoniques vaporeuses. Un mélange piquant, mais qui, sous les doigts de Marc-Etienne Leclerc, conserve un sens (trop) aigu de la beauté.

Deux titres bonus sont à découvrir sur la version numérique, dont un classique du répertoire précédemment joué avec, cette fois, un twist caché. Raison de plus pour privilégier l’écoute du disque!

En résumé, un très bel objet sonore et un vrai accomplissement technique, qui témoigne en même temps d’un fort tempérament artistique. On aurait aimé que Marc-Etienne Leclerc se salisse davantage les mains, qu’il n’offre pas un son de guitare toujours aussi léché, mais ce n’est qu’un début.

Pour écouter l’album et en savoir plus sur l’artiste, visitez le https://marcetienneleclerc.bandcamp.com/album/la-guitare-dans-toutes-ses-couleurs