
Critique | Concert de clôture : un Wagner de plus ou moins bonne augure
Pour son concert de clôture de la saison 2025-2026, l’OSM a choisi de finir en trombe par un condensé de la tétralogie de Wagner en 1 h et 10 minutes, signé Lorin Maazel. Comme l’a annoncé la directrice générale, Mélanie La Couture, en préambule, Il faut y voir la prémisse du prochain grand cycle que l’orchestre consacrera à un compositeur, après Mozart et Mahler.
D’ici à la future production de L’Or du Rhin en version concert, dont on peut croire qu’elle aura lieu en 2027-2028, on peut déjà faire un état des lieux sur les forces en présence et les points d’amélioration possible dans la perspective d’une interprétation à long terme de la musique wagnérienne. Parmi toutes les sections de l’orchestre, les violons demeurent une valeur sûre, et ils l’ont à nouveau prouvé dans ce florilège du Ring, notamment lors de longs passages de La Valkyrie et un solo remarqué d’Andrew Wan dans Siegfried.
De son côté, Brian Manker est parvenu à faire oublier des débuts hésitants, chez les violoncelles, et offrir un solo mémorable, d’une grande poésie, lors du prélude de La Valkyrie. C’est avec la même verve passionnée que les cordes, joints par les cuivres, ont fait ressortir le motif de l’amour entre Siegfried et Brünnhilde. Auparavant, dans ce même troisième volet de la tétralogie, le cor anglais, la clarinette et la clarinette basse nous ont gratifié de solos élégants et parfaitement bien menés.
Les cuivres, quant à eux, ont livré une prestation de qualité inégale. On a pu autant apprécié le son éclatant des trompettes et le timbre enveloppant des cors, exceptionnellement regroupés à la droite de Rafael Payare et démontrant une belle homogénéité d’ensemble. Au fil de la soirée, plusieurs thèmes de la partie des cors ont résonné depuis les coulisses, avec toujours beaucoup d’entrain et d’assurance. En revanche, les solos de trombone ont manqué de raffinement. Pour ne rien arranger, l’instrument du soliste de la section, James Box, a semblé à projeter d’emblée un ton sensiblement en dessous de celui de l’orchestre. Il ne s’est agi que du premier solo notable de trombone dans L’Or du Rhin, mais cette impression a durablement déteint sur ses autres entrées. Plus tard, lors d’un passage piano de la scène 1 de l’acte III du Crépuscule des Dieux, les trombones ont eu l’air fébriles. Ils ont joué avec bien meilleure conviction La Marche funèbre extrait de l’acte III
D’un opéra à l’autre, Wagner exploite amplement le timbre du tuba, et Austin Howle n’a pas boudé son plaisir. Dans un accès de générosité, l’interprète a eu toutefois tendance à produire un son vrombissant dans le grave. Résultat : des fortissimos souvent saturés dans l’acoustique de la Maison symphonique qui, d’un coup, ne pouvait plus absorber toute la complexité des couleurs orchestrales.
On imagine mal, dans ce contexte, des chanteuses et des chanteurs ajouter à celui des instrumentistes leur propre volume de voix et devoir même en faire plus. Il reviendra au chef chef vénézuélien de calibrer l’ensemble des sonorités, en prenant en compte que les musiciens ne sont pas dans la fosse et que donc, le son ne peut être étouffé.

En première partie de concert, le Concerto pour piano en la mineur de Schumann avait déjà donné à l’OSM l’occasion de montrer toute l’amplitude sonore dont il est capable. Dans le premier mouvement, le soliste invité Yefim Bronfman a tenté péniblement de faire sonner son instrument, sans grand succès. Une longue cadence lui a permis de développer son jeu, certes fluide et avec des belles envolées, mais qui a aussi laissé entendre quelques notes accrochées au passage sur le clavier. Le deuxième mouvement a renversé les rôles, le piano guidant cette fois l’orchestre dans l’exposition des thèmes. Même si le pianiste a fait preuve d’une sensibilité artistique, sa technique n’est pas apparue limpide dans les passages plus rapides, de sorte que son interprétation ne s’est pas imposée avec l’autorité d’un artiste de premier plan. Le dernier mouvement, enchaîné directement avec le précédent, n’a pas altéré notre impression initiale. Ses gestes pianistiques donnent certes du relief à la partition, mais ne témoignent pas d’une vision personnelle de l’œuvre. En rappel, Bronfmann a offert une pièce de virtuosité, comme s’il voulait faire l’étalage d’un talent que Schumann ne lui avait pas laissé l’occasion d’approfondir. La démonstration ne fut que moyennement convaincante.
L’OSM donnera quatre concerts au Festival international de Lanaudière : Trois concerts sous la direction de Rafael Payare avec Alisa Weilerstein, Bruce Liu et Marie-Nicole Lemieux, respectivement, et un concert dirigé par Stéphane Denève avec Jean-Yves Thibaudet. L’annonce officielle de la saison estivale de l’orchestre sera faite le 3 juin prochain. Pour plus d’infos, visitez le www.osm.ca

